Au 20 octobre 2026, les Forges de Tarbes, dernier fabricant français de corps d’obus de 155 mm pour le canon Caesar, ne font l’objet d’aucune procédure collective publiée, mais trois repreneurs se seraient manifestés auprès du ministère des Armées, alors que l’hypothèse d’un passage devant le tribunal de commerce circule depuis le 17 octobre.
- Le site tarbais forge l’enveloppe d’acier des obus de 155 mm ; le chargement explosif et l’assemblage final sont réalisés ailleurs.
- La DGA a saisi la procureure de la République au sujet de « décisions de gestion récentes » de l’actionnaire, le groupe Europlasma.
- Le Figaro fait état de trois repreneurs déclarés ; leurs noms n’ont pas été rendus publics.
- Livraisons 2025 : 71 000 corps creux, selon le maire de Tarbes ; commandes 2026 annoncées autour de 30 000.
Plan de l'article
Où en est le dossier au 20 octobre #
Le 19 octobre, Le Figaro rapporte que « la rumeur de son placement imminent en redressement judiciaire enfle ». Selon le quotidien, le directeur général a pourtant nié devant le comité social et économique, affirmant travailler à une reprise « sans passer par le tribunal ». Toujours selon lui, trois repreneurs se seraient manifestés auprès du ministère des Armées.
Deux jours plus tôt, Les Echos indiquaient que l’entreprise « envisage d’ouvrir une possible procédure judiciaire », avec pour objectif de « couper les ponts » avec son actionnaire. Le type de procédure n’a pas été confirmé publiquement.
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À la consultation du Bodacc le 20 octobre, aucun jugement d’ouverture n’apparaissait pour la société (RCS Tarbes 880 623 509). La dernière annonce, parue le 15 octobre, porte sur une modification de l’administration de cette société anonyme. Le Bodacc publie les jugements avec quelques jours de décalage.
Les repreneurs : ce qui est confirmé #
Aucune identité n’a été publiée. Le maire de Tarbes, Pascal Claverie, a déclaré à France 3 Occitanie le 16 octobre qu’« il y a au moins deux repreneurs sérieux ». Il situe une clarification « au début de l’année prochaine ».
Côté actionnaire, Europlasma avait annoncé en avril 2026 vouloir céder son pôle Défense pour 150 millions d’euros, selon l’AFP reprise par Boursorama et La Dépêche. Dans un communiqué du 16 octobre, le groupe indique que les discussions « n’ont pas permis de conclure un accord définitif ».
L’État, la DGA et la justice #
Le 15 octobre, devant la commission de la Défense de l’Assemblée nationale, le délégué général pour l’armement Patrick Pailloux a déclaré que « la situation financière de l’entreprise s’est dégradée rapidement cet été », rapporte La Vie économique. Il a confirmé avoir signalé « des décisions de gestion récentes » sur lesquelles l’administration « s’interroge ».
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Europlasma confirme que la DGA a saisi la procureure de la République au titre de l’article 40 du Code de procédure pénale, et dit l’avoir appris par la presse. Un signalement n’est ni une mise en examen ni une condamnation. Le JDD cite une source selon laquelle on n’en est « pas à se poser la question d’une nationalisation à ce stade ».
En parallèle, la préfecture des Hautes-Pyrénées a mis l’entreprise en demeure, début octobre, de requalifier des équipements sous pression alimentant la presse de forgeage, avec une échéance au 31 décembre 2026. Le maire chiffre les travaux à 130 000 euros, prévus pendant l’arrêt de Noël.
Corps d’obus ou obus complet : qui fait quoi #
Un obus d’artillerie de 155 mm associe plusieurs éléments : un corps en acier, une charge explosive et une fusée qui commande le déclenchement. Les Forges de Tarbes ne fabriquent que le premier, le « corps creux ». Selon l’AFP, les fûts d’acier y sont « façonnés à plus de 1.000 degrés » sous presse, puis usinés jusqu’à prendre leur forme d’ogive.
D’après une dépêche AFP d’avril 2023, la charge explosive est fournie par Eurenco à Bergerac et l’assemblage final réalisé par Nexter, devenu KNDS France, à La Chapelle-Saint-Ursin (Cher). Une autre dépêche de mars 2025 confirme que KNDS « dote les obus de leur charge explosive ».
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Europlasma présente le site comme « la seule forge capable d’assurer la production de corps creux de grandes dimensions en France ».
Les chiffres de production #
Le principal client est KNDS France, constructeur du Caesar. Le contrat signé le 22 décembre 2025 prévoit « une fourniture comprise entre 60 000 et 150 000 corps creux » sur 2026-2028, reconductible trois ans, avec un engagement à « doubler la capacité allouée » sur demande.
Dans les faits, les volumes reculent. Selon le maire, cité par France 3, 71 000 corps creux ont été livrés en 2025 pour un chiffre d’affaires de 19 millions d’euros ; les commandes 2026 tourneraient autour de 30 000 unités et environ 20 000 sont déjà commandées pour 2027. Il situe le seuil de rentabilité vers 50 000 pièces par an.
Les effectifs varient selon les sources : 93 personnes en 2025 d’après le maire, 63 salariés selon Le Figaro du 19 octobre. Le JDD rapporte que KNDS pratique désormais le « multisourcing » auprès de fournisseurs non français.
De l’arsenal de 1870 à Europlasma #
L’usine occupe le site historique de l’arsenal de Tarbes. Après la défaite de 1870, l’État y a déplacé la fabrication de canons et de munitions, auparavant à Meudon, pour l’éloigner de la frontière allemande, rappelle La Lettre M. L’arsenal aurait compté jusqu’à 16 000 ouvriers pendant la Première Guerre mondiale.
Intégré à GIAT Industries en 1971, il a fermé en 2006 après plusieurs plans sociaux. L’activité de forge a ensuite été reprise par Vallourec, puis Altifort. En août 2021, le tribunal de commerce de Paris a validé la cession à Europlasma, qui a rebaptisé le site « Les Forges de Tarbes ».
| Date | Événement | Source |
|---|---|---|
| Août 2021 | Reprise par Europlasma, validée par le tribunal de commerce de Paris | La Lettre M, Le Figaro |
| 2022-2023 | Deux avances remboursables de l’État, plus de 7 M€ au total | Ministère des Armées |
| 22/12/2025 | Contrat triennal avec KNDS France (60 000 à 150 000 corps) | Communiqué Europlasma |
| Avril 2026 | Projet de cession du pôle Défense pour 150 M€ | AFP, La Dépêche |
| Début oct. 2026 | Mise en demeure préfectorale, échéance au 31/12 | JDD, La Semaine des Pyrénées |
| 15/10/2026 | Annonce du signalement de la DGA à la justice | La Vie économique, Les Echos |
| 16/10/2026 | Europlasma : pas d’accord définitif de cession | Communiqué Europlasma |
| 19/10/2026 | Trois repreneurs évoqués | Le Figaro |
Le contexte ukrainien #
Le canon Caesar est employé en Ukraine. Le 14 mars 2024, un communiqué du ministère des Armées qualifiait l’usine de « maillon essentiel de la production d’obus d’artillerie, en particulier ceux que la France fournit à l’Ukraine ». En mars 2025, l’AFP citait un objectif ministériel de 80 000 obus de 155 mm livrés à Kiev sur l’année.
Questions fréquentes #
Les Forges de Tarbes sont-elles en redressement judiciaire ?
Au 20 octobre 2026, aucun jugement d’ouverture n’est publié au Bodacc. Le Figaro évoque une rumeur de redressement, démentie par le directeur général devant le CSE selon le quotidien.
Qui sont les repreneurs des Forges de Tarbes ?
Leurs noms n’ont pas été rendus publics. Le Figaro en évoque trois, déclarés auprès du ministère des Armées ; le maire de Tarbes parle d’« au moins deux repreneurs sérieux ».
Les Forges de Tarbes fabriquent-elles des obus complets ?
Non. Le site forge et usine le corps creux en acier. Selon l’AFP, la charge explosive vient d’Eurenco à Bergerac et l’assemblage final est assuré par KNDS France à La Chapelle-Saint-Ursin.
À retenir
- Aucune procédure collective publiée au 20 octobre ; un passage devant le tribunal reste évoqué par la presse.
- Trois repreneurs seraient sur les rangs, sans nom public.
- Tarbes ne produit que le corps creux ; charge et assemblage se font à Bergerac et dans le Cher.
- Le contrat KNDS court jusqu’en 2028, mais les commandes 2026 seraient en net recul sur 2025.




